Bargny Ici commence l'émergence

2014. Macky Sall, président de la République du Sénégal, adopte un nouveau modèle de développement pour accélérer la marche du pays vers l’émergence. «Ambitieux», «futuriste», le Plan Sénégal émergent (PSE) promet modernité à tout le Sénégal d’ici à 2035. Une promesse certes séduisante, mais qui n'est pas sans conséquence. Bargny, petite commune située dans la banlieue de Dakar, est au cœur de ce programme.

À bord d'un bus «Tata», le vent fouette les visages le long des fenêtres coulissantes qui peinent encore à s'ouvrir. Après plus de trois heures, debout, entassés dans une chaleur avoisinant les 40 °C, la commune de Bargny nous apparaît, enfouie dans un nuage de poussière.

Bargny, commune d'origine léboue (communautés du Sénégal concentrées dans la presqu'île du Cap-Vert et traditionnellement composées de pêcheurs et d’agriculteurs) de 70 000 habitants est en passe de devenir la nouvelle banlieue industrielle de la capitale sénégalaise. Terres confisquées, ressources décimées, depuis plusieurs dizaines d’années, les habitants voient leur économie locale et leur organisation sociale mises à mal : installation d'une cimenterie en 1948 ; construction d'une centrale à charbon contre laquelle ils luttent depuis 2008 ; arrivée d'un pôle urbain de développement à destination des classes supérieures dakaroises et des investisseurs étrangers en chantier depuis 2014. Sans compter l'érosion côtière qui fait rage depuis plusieurs dizaines d'années et l'annonce de l'arrivée d'un port minéralier et vraquier depuis quelques mois. La commune se dit menacée sur ses quatre points cardinaux.

Délocalisations, expulsions. Depuis l'arrivée de la centrale, du port et du pôle urbain, les habitants de la commune se déchirent. Si les habitants – qu'ils soient partisans ou opposants – s'accordent sur le caractère néfaste de ces projets divers pour l'environnement et l'économie locale, la précarité en conduit un certain nombre à s'aligner, espérant obtenir un emploi.

On nous parle d’émergence, mais l’émergence ça doit être général, ça ne doit pas être sectoriel.»

Cheikh Fadel Wade

À Bargny, comme dans de nombreuses communautés léboues, la pêche représente de 70 à 80 % de l'économie. Elle est un secteur clé de l'économie familiale du pays. Hommes, femmes, enfants, adultes et retraités dépendent de cette activité qui garantit le revenu des ménages. Plus qu'une activité économique, l'organisation sociale et les liens de solidarité s'organisent autour d'elle et de l'agriculture. Daouda, ancien ingénieur pour les Industries chimiques du Sénégal (ICS) et originaire de Bargny, est inquiet. Il s'interroge, sur le bien-fondé de ces projets qui menacent des milliers d'emplois.

Carte du Bagny

On nous parle d’émergence, mais l’émergence ça doit être général, ça ne doit pas être sectoriel.»

Cheikh Fadel Wade

«Quand une personne est malade, pour faire face au coût, il arrive qu'on fasse une journée de pêche pour elle. On appelle ça une journée chômée. La pirogue et la trentaine de personnes à son bord rentrent avec trois millions de francs CFA (4 500 euros) qui lui reviendront. Mais si on va vers un système moderne qui appauvrit les gens et leurs liens, la stratification sociale va se casser. C'est un danger pour toutes les populations.»

Si l'État sénégalais entend ériger son pays en carrefour incontournable de l'Afrique de l'Ouest, en investissant dans de grands projets de réaménagement territoriaux et d'extension du port autonome de Dakar, il n’en demeure pas moins qu'il dépossède les populations de leur principale source de revenus ainsi que de leurs terres à coups de décrets d'«utilité publique». Déjà en butte à l'érosion côtière depuis plusieurs dizaines d'années, laquelle détruit chaque jour les habitations situées le long des côtes atlantiques, les habitants ne se voient offrir aucune solution d'adaptation pour faire face à l'avancée de la mer.

Sud

Sous une chaleur écrasante, dans une petite pièce faisant office de salon, Fatou Samba, femme transformatrice de produits halieutiques sur le site de Khelcom, est installée dans son canapé. Le ventilateur tourne à plein régime. Victime de l'érosion côtière comme de nombreux Bargnynois, cette année, Fatou a encore perdu une chambre, emportée par la mer. L'entrée de sa maison a dû être déplacée. «Nous venons d'installer la porte qui se trouve du côté de la ruelle. Avant, elle donnait sur la plage.» Ici, les concessions familiales sont à découvert, mettant à nu l'intimité qui s'y déroule.

Depuis les années 1980, d'importants dégâts ont été provoqués tout le long de la côte atlantique bargnynoise. Mais ce n'est que depuis quelque temps que ces derniers s'intensifient, avec un déplacement de la ligne du rivage de plusieurs dizaines de mètres. «Je peux dire que je suis à zéro mètre de la mer parce qu'elle vient jusque dans la maison. Il n'y a même pas vingt ans de cela, il y avait une large plage entre les concessions et la mer», raconte Fatou.

Erosion

En 1995, la mer s'attaque au quartier de Miniam, un quartier à l'est de Bargny. À cette époque, un premier projet d'extension du village (Miniam I) pour reloger les victimes de l'érosion côtière est acté par la préfecture de Rufisque (département auquel est rattachée la commune de Bargny). En avril 2006, une seconde extension du quartier voit le jour : Miniam II reçoit un avis favorable et sera validée en 2007 par un protocole d'accord entre les propriétaires, le maire et le préfet de Rufisque. Au total, 1 433 parcelles sont attribuées aux victimes de l'érosion côtière. La plupart se rendent à Rufisque afin de payer les taxes de bornage de leurs sites respectifs (allant de 30 000 francs CFA [45 euros] à 45 000 francs CFA [70 euros]) au Trésor public. Deux ans plus tard, Abdoulaye Wade (président de la République du Sénégal de 2000 à 2012) décrète la zone «d'utilité publique» afin d'y implanter une centrale à charbon. Il vend le terrain (sur lequel se trouvaient les sites Miniam I et II) pour la modique somme de 1 450 000 000 francs CFA (2 210 509 euros), au promoteur suédois du projet, Nycomb synergetics development AB. Plusieurs centaines de familles devaient être délocalisées sur ces deux sites. «Ils n'avaient pas la possibilité de construire leur maison. Le manque de moyens, lié à la faiblesse de leurs revenus, fait que les habitants ont tardé à bâtir. Peut-être que s'ils l'avaient fait, la centrale ne se serait pas implantée là», explique Assan, ancien pêcheur, président du comité local des pêches.

Sans aucune discussion, partiellement indemnisés, voire pas du tout, les propriétaires des terres et des parcelles ont été dépossédés de leur patrimoine du jour au lendemain. Cheikh est l'un des héritiers de ces terres occupées depuis lors par la centrale. Il a économisé pendant plus de trente ans pour faire construire sa maison, aujourd'hui à 500 mètres de la centrale : «J'ai fait trente-deux ans de service à la police. J'ai construit un bâtiment et maintenant on implante une centrale. Une centrale qui va polluer Bargny. C'est catastrophique. J'ai 63 ans, je suis né à Bargny, j'ai grandi à Bargny.» Et, surtout, «nous n'avons jamais rien reçu émanant des pouvoirs publics», reprend Cheikh. Jusqu'à ce jour aucune solution n'a été mise en place pour reloger les personnes devant être installées sur le site de Miniam I et II.

L'érosion côtière est à l'origine de la destruction faciale de notre ville.»

Fatou Samba
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Est

Dans la commune, école, habitations, site de transformation de la ressource halieutique, élevage et agriculture cohabitent aujourd'hui avec leur nouvelle voisine, la centrale à charbon nommée Sendou I. Les habitants dénoncent le non-respect de l'article L13 du code de l'environnement, qui veut que toute installation de «catégorie 1» soit située à une distance minimale de 500 mètres des habitations, établissements publics, cours d’eau, etc. Sendou I se trouve à 231 mètres des premières habitations et à 388 mètres de l'école élémentaire de Miniam.

Si une étude d'impact environnemental et social a bien été réalisée, elle n'a ni pris en compte l’approvisionnement en eau de ville (ce projet nécessite 15 000 m3 d’eau par heure, soit 4 millions de m3 par an) raccordé aux canalisations locales, ni le caractère extrêmement polluant de la centrale à charbon, cumulé à celui de la cimenterie Sococim (à l'ouest de la commune) qui dispose déjà d'une centrale de 24 mégawatts (MW). «Cette centrale est un danger. En plus, elle aura besoin d'énormément d'eau douce. Or, actuellement, la Société d'exploitation des eaux du Sénégal (SDE) n'a déjà pas la capacité de fournir de l'eau correctement à Bargny. Lorsqu'ils ont fait des essais, il y a eu une pénurie d'eau pendant une semaine. C'est donc un problème de santé publique», souligne Daouda, membre du collectif des communautés affectées. Depuis, les essais continuent d'engendrer des pénuries.

Aucune étude non plus sur les impacts du transport du charbon depuis le port autonome de Dakar (35 km) : 386 000 tonnes de charbon à acheminer par an, soit le passage de 287 camions par jour pendant cinq jours, à neuf reprises par an. L'espace de cogestion pour la réintroduction de la ressource halieutique qui fait face à la centrale n'a pas non plus été pris en compte. Des récifs artificiels financés par la Banque mondiale avaient été mis en place. Or l'absence de toute indication quant à cet espace de cogestion fait également défaut au projet dont le circuit de refroidissement est installé dans cette zone. «Si on rejette l'eau dans la mer, j'ai peur qu'il y ait des déchets toxiques», reprend Assan. Pour Cheikh, l'absurdité est poussée à son paroxysme. «Comment se fait-il que la Banque mondiale finance le développement de Bargny et qu'un autre projet vienne détruire ce qu'elle a financé ?» On peut donc s'interroger sur la cohérence des projets et la vision globale du développement de la région et du pays. D'autant que le nouveau pôle urbain de développement, en cours de construction, se situe à seulement une dizaine de kilomètres.

La centrale à charbon va rejeter un million de tonnes de CO2 par an.»

Daouda Gueye

Alors qu'aujourd'hui le charbon assure presque 40 % de la production d’électricité dans le monde, sa consommation ne cesse d’augmenter et est supposée supplanter le pétrole d’ici à 2020. En 2016, une étude de l'université d'Oxford soulignait l'impossibilité de limiter à 2 °C de réchauffement de l’atmosphère si la construction de ce type de centrales se poursuivait. Le caractère anachronique, passéiste et inadapté du projet ne semble pas remis en question par les autorités, bailleurs et promoteur du projet.

Interpellée en tant que bailleur, la Société néerlandaise de financement du développement (FMO) a répondu officiellement, dans une lettre du 16 novembre 2017, avoir adopté une politique «zéro charbon» depuis 2015, mais déclare également ne pouvoir se désengager quant aux investissements réalisés dans le projet Sendou I (centrale). Et si celle-ci admet «que, pendant la phase de vérification préalable en 2009, plusieurs points environnementaux et sociaux (E&S) essentiels, [...] auraient dû être considérés avec plus d'attention et [que] le risque contextuel aurait dû être mieux analysé», elle ne se dit pas prête à faire plus qu'intégrer «les enseignements tirés de ce projet et d'autres projets dans ses politiques dans le but d'améliorer son évaluation des impacts des risques E&S». En contrepartie, afin d'obtenir l'adhésion des communautés au projet, la société du projet, la Compagnie d’électricité du Sénégal S.A. (CES), créée par Nycomb pour la construction de la centrale électrique, à travers un accord «Construire, posséder, exploiter» valable pendant vingt-cinq ans, s'est engagée à reconstruire une mosquée, planter des arbres, offrir des fournitures scolaires, contribuer aux pèlerinages religieux, distribuer des «paniers alimentaires du ramadan» et faire des dons de ciment.

Rien ne semble donc empêcher la construction de Sendou I, bientôt suivie d'un port minéralier et vraquier. À terme, celui-ci acheminera et stockera le charbon de la centrale et les nombreux produits pétroliers et minerais des industries de la région, tels que ceux de la cimenterie Sococim.

Ouest

À l'entrée de Bargny, la Sococim, l'une des cimenteries les plus puissantes de l'Afrique de l'Ouest, filiale du groupe français Vicat, surplombe le paysage tant par sa taille que par ses émanations de poussière. Aux abords, un agriculteur tente tant bien que mal d'entretenir son champ, malgré les poussières de ciment qui s'y déposent. «Mon grand-père a un champ ici. La poussière nous détruit. Quand tu vas en mer, c'est la même chose. Le vent fait entrer la poussière dans tes yeux pour ensuite se déposer dans le fond de l'océan.» Babacar, pêcheur, en témoigne également : «Quand tu plonges, le sol est devenu comme une dalle de ciment. Les poissons qui mangeaient à même le sol ne peuvent plus le faire.»

Cissé, enseignant, vit dans un immeuble non loin des carrières de la Sococim situées un peu plus au nord de la ville. Deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi, les tirs de mines pour extraire le calcaire de la carrière font trembler les murs du bâtiment. Depuis l’installation de l'entreprise en 1948, l’impact environnemental et social s’est fait sentir de façon grandissante. La production est passée de 40 000 tonnes à 3,5 millions de tonnes par an. Les explosions minières émanant des carrières fissurent les maisons et les infrastructures du village. D'après Cissé, la cimenterie joue également un rôle majeur dans les problèmes respiratoires rencontrés par les habitants de la commune, qui seraient liés à la pollution (intoxication au monoxyde de carbone) et la poussière dégagée par son activité. Selon le Global Carbon Project, organisation internationale chargée de mesurer et de comprendre les cycles du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, les cimenteries font partie des industries aux émissions de CO2 les plus importantes après le charbon, le pétrole et le gaz.

Entre stylos Bic et cahiers offerts aux écoles, dons de ciment en guise de soutien aux victimes des tirs de mines afin de les aider à refaire toits et murs fissurés ou effondrés, la Sococim prétend être un «acteur majeur en matière de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) au Sénégal». Ce type d'engagement est monnaie courante dans la région.

La Sococim occupe à ce jour 462 hectares de terres cultivables desquelles de nombreux maraîchers ont été délogés. Depuis peu, elle cherche aussi à étendre ses carrières sur une zone établie jusque-là comme résidentielle. Face au «géant», les habitants ont dû se résigner à accepter de se faire indemniser sur le bâti et non sur la valeur de leur terrain.

Nord

À moins de cinq kilomètres des carrières, le pôle urbain de Diamniadio, à cheval sur quatre communes, est en plein chantier. En se frayant un chemin au travers des champs et des hautes herbes, il est possible de s'y rendre à pied. Voué à remplacer les cultures du gombo, il occupe une surface de 1 644 hectares, dont 70 % sont des terres arables de la commune de Bargny. Sa première pierre avait été posée en mai 2014, deux ans après l'élection de Macky Sall.

Dans sa communication, le pôle urbain, pierre angulaire du Plan Sénégal émergent, fait de Macky Sall un président innovant et emblématique ayant «imaginé», «conçu» et «mis en œuvre» une «ville nouvelle qui s'ouvre au monde», une ville «rêvée». Son objectif : désengorger la capitale et redynamiser l'économie nationale en attirant les investisseurs privés de la diaspora ou de l'étranger, et ce, au travers de l'octroi gracieux de terrains, présentés comme «vierges», en vue de stimuler la croissance, de générer des emplois et de s'inscrire dans la logique de compétition internationale. À mi-chemin entre Dakar et le nouvel aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), traversé par l'autoroute à péage (groupe français Eiffage) et un train électrique reliant Dakar-Diamniadio (Eiffage, SNCF et la RATP), le pôle urbain de Diamniadio entend devenir le centre névralgique du nouveau modèle de capitale instigué par la vision de «son excellence Maky Sall».

Quartiers résidentiels, cité ministérielle, complexe sportif, musées d'art et salles d'exposition, université, opéra, hôtels et boutiques de luxe constituent la «promesse d'un Sénégal nouveau», «ouvert à la modernité» mais «ancré dans ses valeurs traditionnelles». Une «modernisation durable» qui ambitionne de pallier la pauvreté qui touche pas moins de 47 % (57 % en zone rurale) de la population sénégalaise. Et même si des logements «sociaux» sont compris dans le projet, leur coût avoisinerait les 15 millions de francs CFA (22 867 euros) alors que le salaire moyen national tourne autour des 1 500 (2,30 euros)/3 000 francs CFA (4,50 euros) par jour.

À l’aide de vidéos promotionnelles qui vendent un projet aux ambitions architecturales «ultra-modernes», non sans rappeler celles de Dubaï (UEA), le pôle urbain abrite déjà en son sein l'hôtel Radisson et le centre international de conférences Abdou-Diouf. En cours de construction : la citée ministérielle et quelques immeubles, plus proches d'une architecture vernaculaire.

Au profit du développement, on est en train d’appauvrir des personnes. On ne peut pas parler d’émergence dans ce cas.»

Daouda Gueye

À quelques kilomètres seulement du pôle urbain de Diamniadio se construit, aux abords de la centrale à charbon, un port minéralier et vraquier. La société Senegal Minergy Port à usage spécial, officiellement sénégalaise, a été mise en place pour entreprendre sa conception, sa construction et son exploitation. Une première pierre de plus est posée en novembre 2017. Pour un coût de 290 milliards de francs CFA (44 millions d'euros), ce nouveau port disposera d'une jetée de quatre kilomètres et s'étendra sur une superficie d'au moins 484 hectares comprenant deux terminaux de vrac liquide (hydrocarbures – pétrole ou gaz naturel liquéfié –, produits chimiques ou alimentaires) et sec (minerais de fer, bauxite, alumine, etc.) et d’une zone industrielle pouvant accueillir jusqu'à 12 millions de tonnes de produits en vrac par an. Futur hub maritime de l’Afrique de l’Ouest, il n'est pas sans danger pour la commune de Bargny qui dépend fortement de la pêche. Encore une fois, «aucune étude d'impact environnemental n'a été réalisée», rétorque Daouda, alors que «le port vraquier va prendre tous les produits chimiques situés au niveau du port autonome de Dakar pour les transférer à Bargny».

Malgré la promesse de la création de 740 à 2 600 emplois – préoccupation majeure dans un pays où le taux de chômage avoisine les 30 % et où le secteur informel représente la moitié du PIB –, les inquiétudes persistent : «Bargny est un village de pêcheurs, donc si tu n'as pas les documents ou bien les qualités qu'il te faut, tu ne pourras pas aller travailler dans une quelconque entreprise. On ne peut pas nous dire qu'il y aura des entreprises qui vont venir, alors que nous n'avons pas les compétences», note Cheikh. Et même si les emplois non qualifiés pourraient offrir des opportunités, «cultiver reste plus avantageux qu'un emploi dans une usine», complète Saliou, ouvrier sur le chantier de la centrale. Sans compter que pour Fatou Samba, si les habitants ne disposent pas de «l'aisance économique», ils n'ont pour autant pas de problèmes pour vivre. «On n’a peut-être pas de belles maisons, mais on vit bien. Ce n'est pas la misère. Avec la pêche, parfois tu peux gagner 20 000 francs CFA [30,50 euros]. Parfois, tu ne gagnes rien. Tout juste de quoi rembourser ce que tu as dépensé. Parfois, tu perds. Mais au moins nous sommes autosuffisants.»

En passe de devenir la nouvelle banlieue industrielle, Bargny risque de se voir confronter aux mêmes enjeux que beaucoup de villes léboues dans la région (dont Yarakh/Hann Bel-Air ou encore Thiaroye-sur-Mer) : spéculation immobilière, expropriations, pollution et appauvrissement des ressources. Historiquement propriétaires de leurs concessions familiales de génération en génération, les habitants de Bargny sont peu à peu poussés à la location et rendus dépendants des industries installées dans la région, dépossédés de toutes ressources.

Photo de fermeture

«Considérant la pollution industrielle. Considérant l’érosion côtière. Considérant le pôle urbain de Diamniadio. La perte des terres, la disparition de l’agriculture, les pertes économiques. À son Excellence Macky Sall, président de la République, la grandeur d’une nation ne se mesure pas par ses belles avenues, ses belles infrastructures, mais par sa capacité à prendre en charge les préoccupations des couches sociales les plus vulnérables.»

Extrait du mémorandum du collectif «Saama Lignou Moom»

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